15 mars 2008

Traité d'athéologie_Michel Onfray_Grasset_2005

"La démocratie vit de mouvements, de changements, d'agencements contractuels, de temps fluides, de dynamiques permanentes , de jeux dialectiques.Elle se crée, vit, change, se métamorphose, se construit en regard d'un vouloir issu de forces vivantes. Elle recourt à l'usage de la raison, au dialogue des parties prenantes, à l'agir communicationnel, à la diplomatie autant qu'à la négociation. La théocratie fonctionne à l'inverse : elle naît, vit et jouit de l'immobilité, de la mort et de l'irrationnel. La théocratie est l'ennemie la plus à craindre de la démocratie, avant-hier à Paris avant 1789, hier à Téhéran en 1978, et aujourd'hui chaque fois qu'Al-Qaïda fait parler la poudre."

23 mars 2007

Les objets singuliers_Jean Baudrillard/Jean Nouvel_Clamann-Lévy_2006

J. B. " (...) Moi, j'accorde une importance majeure à la nullité au sens du rien, au sens où, si l'on parvient à cet art de la disparition, il s'agit d'art véritablement, alors que toute la stratégie commandant la plupart des choses qui nous sont données à voir - où il n'y a rien à voir d'ailleurs-, sert précisément à convertir la nullité en spectacle, en esthétique, en valeur de marché, dans une espèce d'inconscience totale, une espèce de syndrome collectif d'esthétisation qui est la culture.On ne peut pas dire que tout est du même ordre, mais les exceptions ne peuvent être que des moments, pour moi Duchamp en est un, Warhol en est un autre, mais il y a d'autres singularités, ce peut être Fancis Bacon, etc., mais ce n'est pas une question de noms d'artistes ... Simplement, ce ne sera jamais qu'un évènement ponctuel qui nous affectera dans ce monde saturé de valeurs et d'esthétique. Alors il n'y a plus, à partir de ce moment-là, d'histoire de l'art, on voit bien que l'art lui-même - et c'est un des aspects de sa nullité - rétrograde dans son histoire, s'épuise dans sa propre histoire à ressusciter ainsi toutes les formes, comme le fait d'ailleurs le politique en bien d'autres domaines, une espèce de rétroversion des choses, une phase interminable de répétition où l'on pourrait toujours faire resurgir en termes de mode et d'esthétique n'importe quelle oeuvre passée, ou style, ou technique, etc., et là on entre dans un recyclage interminable."

11 mars 2007

De l'humilité du monde chez les bousiers_Pascal Commère_Obsidiane_1996

PARALLELES

Les chemins, même goudronnés, parfois ils ont,
entre les graviers au milieu et une espèce
de champignon mou (gluante oreille), de l'herbe
en touffes qui pousse jamais très haut (minette,
chiendent, plantain, trèfle blanc ou rouge aussi bien
pissenlit, chicorée bleue) qui, d'année
en année, dans la route finit par marquer
le double tracé exactement parallèle
des roues - comme les fils de la ligne électrique
au-dessus du goudron (eux aussi, parallèles)
depuis toujours ensemble : leurs ombres le soir
côte à côte par terre, sans se toucher jamais.

03 février 2007

Un nid pour quoi faire_Olivier Cadiot_P.O.L._2007

Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller image, chambre tt cft dans chalet atypique, artistes s'abstenir, envoyer prétentions.

28 décembre 2006

Manger_Stéphane Corcoral/Magali Arnal_ L'oeil électrique_2006_ISBN : 978-2-9516484-8-7

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Additifs, Boulimie, Cannibales, Régimes, Fugu, Épices, Intoxications, Végétarisme, Jelly et Petits légumes… Manger vous fera découvrir, en vingt-six chapitres alphabétiques illustrés, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les plaisirs de la bouche.

Ouvrage thématique et ludique, Manger se déguste par petites bouchées, sur canapé ou aux toilettes.

http://www.oeil-electrique.org/

02 juillet 2006

Aimer, s'aimer, nous aimer / Du 11 septembre au 21 avril_Bernard Stiegler_Galilée_2003

L'audience mondiale

Nos "consciences" sont médiatiquement bombardées par les industries culturelles, dont les entreprises de presse inscrites dans ce qu'on appelle "les médias" sont de moins en moins différenciables - et l'honneur de la noble profession de journaliste se mesurera à l'avenir à l'aune de la capacité des uns et des autres à s'en distinguer. Or, nos consciences sont ainsi "bombardées" en tant qu'elles sont les consciences de nos corps et que nos corps consomment. Il s'agit, et ce, en vue de réaliser les économies d'échelle industrielles que permettent les marchés de masse, de synchroniser les comportements de ces corps à travers ces consciences formant un matériau industriel, qui est à vendre sous le nom de ce que Thierry Gaudin appelait, il y a déjà une bonne quinzaine d'années, des "audiences". Ces audiences ont un prix : elles constituent des méta-marchés. Le marché - celui des pâtes dentifrice, des téléphones mobiles, des options sur les voitures - passe par le méta-marché des audiences. Si vous voulez installer un produit sur le marché, le problème est moins d'avoir une bonne productivité industrielle, ou un produit vraiment inventif, que d'avoir accès à un marché où vous pourrez augmenter vos marges grâce à des économies d'échelle. Il s'agit d'obtenir des audiences toujours plus vastes parce qu'au stade actuel de la guerre économique, pour amortir les investissements industriels, il faut viser des marchés mondiaux, et c'est pourquoi la calendarité devient inexorablement celle des systèmes de synchronisation mondiale. C'est le sens historique de la Coupe du monde de football*, l'un des premiers évènements véritablement mondiaux, devenu, au cours des dernières décennies, un évènement typique de l'appareil de consommation, au nom de cette pratique antique, et éminente quant au narcissisme primordial du nous, que fut autrefois le sport.





*La Coupe du monde de football fut créée en 1930 dans un but essentiellement sportif. Mais elle est devenue, avec la télévision, un vecteur essentiel de la calendarité mondiale mise au service de la consommation. Le chiffre d'affaire annuel, mondial, du football est aujourd'hui de 200 milliards d'euros.

30 avril 2006

Médium is mess_Nicole Caligaris_revue d'art et de littérature éponyme_Editions joca seria_Automne 2005

"Le David de Michel-Ange, exposé à Florence, en Italie, s'encrasse vite. A peine remis d'une restauration, en mai 2004, ayant rendu à son marbre blanc l'état originel, le voilà couvert de poussières. Las d'avoir à le nettoyer, les responsables de la galerie de l'académie de Florence ont décidé de lui confectionner un système de ventilation sophistiqué : un souffle permanent d'air filtré qui le protégerait des particules brassées par les 5000 touristes quotidiens qui visitent la galerie. On envisage aussi des tapis spéciaux pour "nettoyer" les chaussures des visiteurs. Les experts font appel à un logiciel qui simule les écoulements d'air de la galerie de l'Académie pour placer le jet d'air autour de la statue multicentenaire de 4,6 mètres de haut. Coût de l'opération : 12 millions d'euros."

Plus grande est la dévotion, plus virulente est la corruption. Dépourvu, comme toute religion bourgeoise, de conviction profonde, un culte sans passion emplit saisonnièrement les musées de cortèges déshydratés, fourbus, hagards, manifestant d'un pied piétinant leur adhésion à la conformité. Mille et unième petit stratagème pour se décharger du fardeau d'être unique.

29 janvier 2006

Wilderness_Jim morrison_Christian Bourgois Editeur_1991

"Now is blessed
The rest
remembered"

24 novembre 2005

Voyage atlantique_Ernst Jünger_La table ronde_1971

"Stupidité des passagers, qui, de la lisse, prennent photographies et films, surtout au moment où le bateau passe au plus près du bord, presque à le frôler. Dans l'instant qui devrait être entièrement consacré à l'union de l'oeil avec les choses, l'homme ne s'occupe que de son attirail à attraper les ombres. Il mécanise le souvenir."